Le président de la Société de néphrologie, le
Pr Tahar Rayane, et le professeur Mohamed
Benabadji, chef du service néphrologie au CHU Beni
Messous, invités d’El Moudjahid
“Sauver son rein pour sauver son cœur”, tel
est le slogan, cette année pour la journée
internationale du rein.
La journée internationale du Rein a été
commémorée, comme c’est le cas chaque année, par
la Société algérienne de néphrologie, d’analyse
et transplantation, représentée par son
président, le professeur Rayane et le professeur
Benabadji, membre de la Société, accompagnés par
le Dr Maâchi et le Dr Louafi, trésorier.
Le président de la Société algérienne de
néphrologie rappelle l’enjeu de cette rencontre
commémorative, qui va dans le sens de
l’information et de la sensibilisation en
direction du public, du mouvement associatif et
associations de malades, des médias, mais
également du personnel médical, lui-même.
La prévention est déterminante
L’orateur a mis l’accent sur le volet de la
prévention, qui s’avère déterminante dans ce
type de pathologie, dit-il.
Le thème de la célébration cette année repose
sur le slogan suivant “Sauver son rein, pour
sauver son cœur.”
Le professeur Rayane souligne en effet que ces
deux organes vitaux sont particulièrement liés
du point de vue de leur fonctionnement.
Quand on a un problème cardiologique on a le
plus souvent un problème de rein.
Trois millions d’Algériens présentent un
risque rénal, selon le président de la Société
de néphrologie.
Le rein et les complications
Le diabète, l’hypertension, les calculs
rénaux, les infections urinaires répétées, la
sur médicamentation, le cancer, sont des
prédispositions à l’insuffisance rénale, le
professeur Rayane y ajoute, les prématurés.
A ce propos, l’orateur recommande des bilans, au
moins annuel, pour prévenir le risque rénal.
Il recommande hygiène de vie et régime
alimentaire. Selon le Pr Rayane, la loi de 1985
n’interdit pas un don d’organe de
l’environnement familial.
La loi ne dit pas non plus qu’on peut le faire.
Le silence des textes
Face à ce silence des textes, il y a une
interprétation juridique à trouver pour sortir
de ce dilemme, ou tout simplement aménager la
loi.
Le Pr Rayane rappelle un problème qui lui tient
à cœur, celui du trafic d’organe, notant qu’une
conférence tenue à Istanbul, il y a deux années
de cela, a posé le problème et balisé le terrain
en posant comme principe l’interdiction du
trafic d’organe et ce qu’il a appelé le tourisme
de la greffe, qui prospère dans le monde, sur la
vente d’organes.
Ce sont toujours des problèmes de détresse
humaine qui poussent à ces extrémités, dit-il.
Tout est fait pour que notre pays ne soit pas
atteint par ce type de problèmes.
Il faut protéger les gens et il faut savoir
gérer les situations, relève l’orateur.
Sur le nombre de nationaux greffés à ce jour,
ils sont 1.000, note le Pr Rayane, qui ont pu
subir des greffes en Algérie et à l’étranger
(700 ont été greffés en Algérie).
Le président de la Société de néphrologie pose
aussi le problème des enfants, souhaitant que
s’ouvrent dans le pays des centres
pédiatriques.
A Douéra, va voir le jour un hôpital
mère-enfant.
Il y a des efforts importants qui restent
à faire dans le domaine, prévient le Pr Rayane.
Des contacts sont assurés avec les autorités
sanitaires, les associations de malades, etc.
Des centres d’hémodialyse ne répondant
pas aux normes
Le Pr Rayane a eu des mots très durs sur
l’existence des centres d’hémodialyse, dont
certains ne répondent pas aux normes.
Or il existe un cahier des charges, sans parler
des malades que l’on déplace d’un centre à un
autre.
L’on constate des déficits en centres
d’hémodialyse dans les Hauts Plateaux et le Sud
du pays.
Concernant les produits médicamenteux liés à
l’insuffisance rénale, le professeur Rayane a
révélé qu’il n’y a pas de pénurie.
La plupart des produits sont d’ailleurs
fabriqués localement.
Il y a bien sûr de temps à autre, des ruptures,
mais dans l’ensemble et de ce côté-là, on ne
rencontre pas de problèmes insurmontables.
Le nombre de greffes rénales effectuées en 2010
est nettement insuffisant, en raison du nombre
limité de centres greffeurs et de l’absence de
prélèvements à partir de donneurs cadavériques.
1,5 million personnes présentent une IRC
En rappelant que 1,5 million de personnes
présentent une insuffisance rénale chronique
(IRC), on peut ajouter que 6 millions
d’Algériens souffrent d’une maladie rénale
chronique.
En raison de l’allongement de l’espérance de
vie, de l’augmentation de la prévalence du
diabète et de l’hypertension artérielle, ainsi
que l’absence d’une politique de prévention, le
nombre de patients nécessitant une thérapeutique
de substitution rénale atteindrait le chiffre de
20.000 dans les cinq prochaines années et le
coût inhérent à la prise en charge en
hémodialyse seulement atteindrait 20 milliards
de dinars/an.
Le développement de la transplantation rénale en
tant que traitement idéal en cas de défaillance
rénale, malgré des dispositions légales et
religieuses très favorables, reste inadapté
devant la forte demande (6.000 patients en liste
d’attente).
Une centaine de greffes effectuées
chaque année
Seulement une centaine de greffes rénales à
partir de donneurs vivants apparentés sont
effectuées chaque année (305 en 3 ans).
L’objectif à atteindre serait d’effectuer 500
greffes au minimum par an et il faudrait
multiplier par cinq l’activité actuelle de
greffe rénale.
Cet objectif ne pourra être atteint si on ne
développe pas parallèlement au donneur vivant,
le donneur cadavérique.
Intervenant à son tour, le Dr Laoufi, exerçant
dans le sud du pays, souligne la coopération des
autorités locales.
Il y a, dit-elle, un centre d’hémodyalise et on
prend en charge les insuffisants rénaux de toute
la région.
L’oratrice a évoqué aussi l’existence pour la
région d’un programme de dépistage.
Le problème aggravant de la
consanguinité
Le Dr Laoufi fait remarquer un problème
important spécifique à la région (elle exerce à
Adrar), celui de la consanguinité très
fréquente, dit-elle.
Pour le Dr Maâchi, secrétaire général de la
Société de néphrologie, le problème de la
prévention reste posé.
Les maladies cardiovasculaires sont la première
cause de mortalité dans le monde.
Or, on sait que les personnes touchées par une
insuffisance rénale possèdent un risque accru de
maladies cardiovasculaires.
Le rein joue un rôle central dans la régulation
de la pression artérielle.
Le rein, un organe noble
Intervenant à son tour, le Pr Benabadji relève
que le rein est un organe noble. Notre but est
de le protéger.
L’orateur met l’accent sur l’intoxication
médicamenteuse et son influence néfaste sur un
organe, comme le rein.
Il faut aller vers un équilibre, note le Pr
Benabadji. C’est pour cela que nos campagnes de
sensibilisation et d’information sont en partie
destinées au corps médical.
Le rein est un organe central.
Il y a donc un équilibre à créer pour
sauvegarder l’ensemble des organes.
Le trafic d’organes est condamnable
Comme ses confrères, le Pr Benabadji dénonce les
trafics d’organes, à travers les kidnappings
d’enfants, notamment, et autres actes délictueux
.
Il dit accorder beaucoup d’importance à la
sensibilisation, à l’information à l’égard du
corps médical, il relève que l’on doit
développer des relations confraternelles entre
nous, dans l’intérêt du malade, dit-il.
Nous développons nos actions de sensibilisation
sur l’ensemble du territoire.
Le néphrologue, dit-il, est dans une position
centrale.
Toutes les spécialités passent par le rein,
selon lui (pédiatrie, dialyse, diabète, cardio),
on a des relations avec tout le monde.
Le Pr Rayane, intervenant dans le débat,
évoque l’existence d’une véritable mafia de la
dialyse qu’il faut neutraliser.
La Société de néphrologie est une société à
caractère scientifique. Nous développons une
information thérapeutique.
Source : www.elmoudjahad.com